lundi 12 février 2018

Depuis L'Au-Delà - Bernard Werber




Titre : Depuis L'Au-Delà

Auteur : Bernard Werber

Publication : 2017

Maison d'édition : Albin Michel

Couverture : Philip Conrad

Traducteur : ø

Nombre de pages : 436

Sur l'auteur : 

Bernard Werbet est né le 18 septembre 1961 à Toulouse, est un écrivain français. Il est principalement connu pour sa trilogie des Fourmis.
Son œuvre, traduite dans une trentaine de langues, fait se rencontrer spiritualité, science-fiction, polar, biologie, mythologie, mythologie, etc. L'auteur qualifie parfois son style de "philosophie-fiction".

Résumé : Je me nomme Gabriel Wells. Je suis écrivain de romans à suspense. Ma nouvelle enquête est un peu particulière car elle concerne le meurtre de quelqu'un que je connais personnellement :
Moi-même.
J'ai été tué dans la nuit et je me demande bien par qui.
Pour résoudre cette énigme j'ai eu la chance de rencontrer Lucy Filipini.
En tant que médium professionnelle, elle parle tous les jours aux âmes des défunts.
Et c'est ensemble, elle dans le monde matériel, moi dans le monde invisible, que nous allons tenter de percer le mystère de ma mort.

Citation :

- Tout d'abord, il faut que je vous explique votre "maladie".
- Vous êtes médecin ?
Elle sourit d'un air compatissant.
- En quelque sorte. Disons que je suis "médecin des âmes". Cela a l'avantage de ne pas nécessiter de diplômes. Pour commencer, il faut que vous sachiez que votre problème est plus grave que votre présumée anosmie.
- J'ai un cancer?
- Encore plus grave.
- Dites-moi la vérité, je peux tout entendre.
- Hum, c'est encore un peu tôt. Je préfère vous livrer des indices. Ce matin en vous levant, vous n'aviez pas faim, n'est-ce pas ?
- En effet.
- Vous êtes rapidement sorti de chez vous, mais vous n'avez parlé à personne, je me trompe ?
- Le matin au réveil, je ne suis jamais causant.
- Dehors vous n'avez pas trouvé qu'il faisait froid.
- Je ne suis pas frileux. Mais arrêtez avec vos énigmes, à la fin ! Quelle est donc cette si mystérieuse maladie ? demande Gabriel d'un ton de plus en plus impatienté.
Elle regarde ses mains.
- Savez-vous que le mot maladie vient de l'expression "mal à dire" ?
- Cessez de tourner autour du pot ! Où voulez-vous en venir, bon sang ?
- Bon, il faut que je m'y prenne différemment. Comment vous expliquer ? En fait... j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. Vous préférez que je commence par laquelle ?
- La bonne, répond Gabriel, passablement irrité.
- Je vous ai menti, vous n'êtes pas malade.
- C'est déjà ça. Et la mauvaise alors ?
- La mauvaise c'est que... vous êtes morts.
Gabriel lève les sourcils, affiche une mine étonnée, contrariée, dubitative, pour finalement éclater de rire.


Commentaire personnel : Ce livre m’a beaucoup déçue pour être sincère. J’avais seulement lu « Les fourmis » de Werber, qui date des années 90, et je n’ai pas accroché sur celui-ci. Je l’ai trouvé simple, mais pourtant qui va trop loin. Le monde de l’au-delà décrit par Werber est très cucul si je peux dire. Le protagoniste, Gabriel Wells, a un frère jumeau, Thomas. Gabriel meurt sans le savoir au début du roman, et c’est ce passage qui m’a plu. Il fait la rencontre de Lucy Filipini, une jeune médium très jolie, qui peut l’entendre mais pas le voir. Ils se rencontrent au début dans la salle d’attente chez le médecin car Gabriel se rend compte qu’il n’a plus d’odorat, et se pense malade. Ce qui est drôle si l’on sait dès le début qu’il est mort.

Tout le long du roman, Gabriel cherche à savoir qui l’a tué à l’aide de son grand-père dans l’au-delà.
Ce qui ne m’a pas plu est le fait que Gabriel rencontre tous les auteurs connus, comme Charles Dickens, Flaubert, Lewis Caroll, ce qui donne un effet enfantin au livre. Il y a un passage où les protagonistes de ces auteurs connus s’affrontent : Alice, Emma Bovary, Sherlock Holmes... je pense vraiment que Werber est allé trop loin dans l’imagination et que cette barrière de la langue qui disparaît lorsque l’on meurt est très brouillon, très gnangnan. Un peu trop simple. Gabriel reçoit l’aide de Dickens pour l’aider à trouver celui qui l’a tué.
J’aurais apprécié peut-être un roman un peu plus réaliste même si le domaine de la mort est difficile à traiter. De temps en temps Werber écrit des petits chapitres entre deux suspens sur des faits historiques qui n’ont d’ailleurs pas souvent de lien avec l’histoire. Le point positif est que cela m’a permis d’apprendre des anecdotes sur des personnages historiques comme Napoléon Bonaparte ou sur des objets tel le nécrophone (appareil inventé par Thomas Edison dans le but de parler avec les morts dans l’au-delà).
is « Les Fourmis »), ce qui fait que je donne simplement mon avis sur ce roman. Tu penseras peut-être (et je te le souhaite) différemment. En revanche, un autre point positif de ce roman est que l’on rentre rapidement dans l’histoire, et l’on s’attache très vite aux personnages principaux. Mais l’abs
Ensuite la fin est bien entendu poussée très loin mais elle est impossible à deviner. Elle m’a assez plue dans le sens que jamais je ne m’en serai doutée, pas la moindre seconde. Il faut être attentif lors de la lecture du début à la fin sur chacun des personnages. Mais il faut avoir l’œil pour cela. Je n’écris pas beaucoup car vraiment j’ai été déçue par ce roman qui a pourtant été bien vendu, qui a reçu une bonne publicité et qui a été beaucoup attendu. Après je ne connais pas les œuvres de Bernard Werber (hor
murdité des événements a fait que je n’ai pas pu apprécier intégralement ce livre.

jeudi 11 janvier 2018

Turtles All the Way Down - John Green



Titre : Turtles All the Way Down

Auteur : John Green

Publication : 2017

Maison d'édition : Penguin Books

Couverture : Sharon Bong based on original art by Cheryl Morris

Traducteur : ø

Nombre de pages : 286

Sur l'auteur : 

John Green is the #1 New York Times bestselling author of Looking for Alaska, An Abundance of Katherines, Paper Towns, and The Fault in Our Stars. He is also the coauthor, with David Levithan, of Will Grayson, Will Grayson. He was the 2006 recipient of the Michael L. Printz Award, a 2009 Edgar Award winner, and has twice been a finalist for the Los Angeles Times Book Prize. Green’s books have been published in more than 55 languages and over 24 million copies are in print. John is also an active Twitter user with more than 5 million followers.

John Green est l'auteur #1 des meilleures ventes du New York Times avec Qui es-tu Alaska ?, Le Théorème des Katherine, La Face cachée de Margo, et Nos étoiles contraires. Il est aussi le co-auteur, avec David Levithan, de Will et Will. Il a gagné en 2006 le Printz Award de Michael L., l'Edgar Award en 2009, et a deux fois été finaliste pour le Prix du Livre. Les livres de Green ont été publié dans plus de 55 langues et environ 24 million exemplaires sont imprimés. John est aussi un utilisateur actif de Twitter avec plus de 5 million de followers.


Résumé : Sixteen-year-old Aza never intended to pursue the mystery of fugitive billionaire Russell Pickett, but there's a hundred-thousand-dollar reward at stake and her Best and Most Fearless Friend, Daisy, is eager to investigate. So together, they navigate the short distance and broad divides that separate them from Russell Pickett's son, Davis. Aza is trying. She is trying to be a good daughter, a good friend, a good student, and maybe even a good detective, while also living within the ever-tightening spiral of her own thoughts.

Aza, seize ans, n'avait pas prévu de percer le mystère du milliardaire disparu Russell Pickett, mais il y a une récompense de cent mille dollars à la clé et sa Meilleure et Intrépide Amie, Daisy, est enthousiaste à l'idée d'enquêter. Donc ensemble, elles naviguent la courte distance et les grandes différences qui les séparent du fils de Russell Pickett, Davis. Aza essaye. Elle essaye d'être une bonne fille, une bonne amie, une bonne élève, et peut-être même une bonne détective, tout en vivant avec la spirale oppressante de ses propres pensées.


Citation :

I didn't reply, but I couldn't stop thinking about Daisy, about Ayala, and most of all about the bugs inside and outside of me, and I knew I was being selfish by even making a big deal out of it, making other people's real C. diff infections about my hypothetical one. Reprehensible. Pinched my finger with my thumbnail to attest to this moment's reality, but can't escape myself. Can't kiss anyone, can't drive a car, can't function in the actual sensate populated world. How could I even fantasize about going to some school far away where you pay a fortune to live in dorms full of strangers, with communal bathrooms and cafeterias and no private spaces to be crazy in? I'd be stuck here for college, if I could ever get my thinking straightened enough to attend. I'd live in my house with Mom, and then afterward, too. I could never become a functioning grown-up like this; it was inconceivable that I'd ever have a career. In Job interviews they'd ask me, What's your greatest weakness? and I'd explain that I'll probably spend a good portion of the workday terrorized by thoughts I'm forced to think, possessed by a nameless and formless demon, so if that's going to be an issue, you might not want to hire me. 

Je n'ai pas répondu, mais je ne pouvais pas m'arrêter de penser à Daisy, à propos d'Ayala, et surtout à propos des microbes à l'intérieur et à l'extérieur de moi, et je savais que j'étais égoïste en faisant toute une histoire, en faisant oublier des vraies infections difficiles de Clostridium en rabâchant ma maladie hypothétique. Répréhensible. J'ai pincé mon doigt avec l'ongle de mon pouce pour certifier que ce moment est réel, mais peux pas m'échapper de moi-même. Je ne peux ni embrasser quelqu'un, ni conduire une voiture, ni agir dans le monde sensoriel peuplé actuel. Comment pourrais-je fantasmer sur le fait d'aller dans une école très loin où tu payes une fortune pour vivre dans des internats remplis d'inconnus, avec des salles de bain communes et cafétérias et pas d'espaces privés pour être fous dedans? Je serai coincé ici pour l'université, si je pouvais un jour calmer suffisamment mes pensées pour la fréquenter. Je vivrai dans ma maison avec Maman, et puis après, pareil. Je ne pourrai jamais devenir une adulte normale comme ça, c'était inconcevable d'avoir même une carrière. Dans des entretiens d'embauche, ils me demanderaient, Quelle est votre plus grande faiblesse? et j'expliquerai que je passerai probablement une bonne partie des journées de travail terrorisée par mes pensées dont je suis obligée de penser, possédées par un démon sans nom et sans forme, alors si ça s'avère être un problème, vous ne voudriez pas m'embaucher.




Commentaire personnel : The last book of John Green was actually the first one I've read of him, and it was a surprise because I recognized the tone of the movies I saw adapted from his books (Paper Towns and The Fault in Our Stars). As I am not English, it was really easy and it was a pleasure to read it. The main character, Aza, is fascinating because of her illness. She never stops thinking about useless things, but for her they are a big deal, like microbes, bacterias, love, friendship. This book tells a lot about first love and above all about friendship. The investigation is not really present in the book, that is to say this investigation (Pickett's missing) was a way to (re)connect Aza and Davis. They knew each other a long time ago, and they begin hanging out together after Davis's father disappears. 
I think this novel is a way to reconsider friendship, to show that our own problems can be tiny when compared with others. We have to keep taking care of each other, and communicate, because that's the key towards a good relation. Sometimes you just have to forget about yourself and try harder discussing about positive things like Daisy do with Aza. Daisy lives in a small apartment, is a bit poor, sleeps with her little sister, works hard, hasn't enough money to save to go after in a proper college. That doesn't prevent her from being always happy, talking a lot about her Star Wars's writings or her boyfriend. She always successes seing the good in people and in life. Whereas Aza is focused on herself, she thinks a lot, and so she doesn't talk a lot, doesn't know certain things about her best friend, like what does her mom do for living, the name of her sister nor if she has pets. She is in a constant spiral of thoughts, in which she can't escape. This is a bit creepy because she's obsessed with bacterias, she perpetually thinks she has a disease, so she cuts a little bit her finger with her thumbnail to prevent bacterias to come in her body. That's a stupid idea of course, but she does that. So twice a day, maybe more, she puts Band-Aid on the same finger since she's little. And everyday she cuts herself at the same place. Aza can't not doing that, this is impossible not thinking about it, so she's taking meds, but it doesn't actually work, because she doesn't take them everyday. She's getting sicker every day. And at times it is nearly physically painful to read about a sad girl who can't get better and who hurts herself.
This novel is also a representation of mental health. It is sad, disturbing, but not hopeless. Mental health isn't everything (even though sometimes it is) and it's honest. Kids, teenagers and also adults will read this book, and that's a thought that make me happy. Because they will read it and feel understood, or empathize, or both. You know when people always say that they want to read books to "make us better people" and to "show us new perspectives we couldn't imagine" ? There it is, you can have both of them with this book.
I loved this book, it was on the one hand mature, with deep thoughts and reflexions, and on the other hand it was funny, lively, and enriching. 
I was afraid it would be too much drama for nothing and too much childish, but not at all. It was really a great surprise.


Le dernier roman de John Green était en fait le premier que j'ai lu de lui, et ça a été une surprise parce que j'ai reconnu le ton des films vus adaptés de ses livres (La Vie Cachée de Margo et Nos Étoiles Contraires). Comme je ne suis pas anglaise, cela a été facile et cela a été un plaisir de le lire. Le personnage principal, Aza, est fascinante à cause de sa maladie. Elle ne s'arrête jamais de penser à des choses inutiles, mais pour elle c'est très important, par exemple les microbes, bactéries, l'amour, l'amitié. Ce livre nous en dit beaucoup sur le premier amour et surtout sur l'amitié. L'enquête n'est pas vraiment présente dans le livre, c'est-à-dire que cette enquête (la disparition de Pickett) était un moyen de (re)connecter Aza et Davis. Ils se connaissaient il y a longtemps, et ils commencent à traîner ensemble après la disparition du père de Davis. 
Je pense que ce roman est un moyen de reconsidérer l'amitié, de montrer que nos propres problèmes peuvent être minuscules comparés aux autres. Nous devons continuer à s'occuper les uns des autres, et à communiquer, parce que c'est la clé pour avoir une bonne relation. Parfois tu dois juste oublier à propos de toi-même et essayer avec acharnement de discuter de choses positives comme Daisy fait avec Aza. Daisy habite dans un petit appartement, est un peu pauvre, dort avec sa petite sœur, travaille dur, n'a pas assez d'argent à économiser pour aller après dans une École décente. Ça ne l'empêche pas d'être toujours heureuse, de parler beaucoup sur ses écrits sur Star Wars ou de parler de son copain. Elle arrive toujours à voir le bon côté des gens et de la vie. Tandis qu'Aza est concentrée sur elle-même, pense beaucoup, et donc elle ne parle pas beaucoup, ne connaît pas certaines choses sur sa meilleure amie, comme par exemple ce que fait sa mère comme travail, le prénom de sa sœur ou si elle a des animaux de compagnie. Elle est constamment dans une spirale de pensées, dans laquelle elle ne peut pas s'échapper. C'est assez effrayant car elle est obsédée par les bactéries, elle pense sans arrêt qu'elle a une maladie, alors elle se coupe légèrement le doigt avec l'ongle de son pouce afin d'empêcher les bactéries d'entrer dans son corps. C'est une idée stupide bien-sûr, mais elle le fait. Donc deux fois par jour, peut-être plus, elle met des pansements sur le même doigt depuis qu'elle est petite. Et tous les jours elle se coupe au même endroit. Aza ne peut pas ne pas le faire, c'est impossible de ne pas y penser, donc elle prend un traitement, mais cela ne marche pas vraiment, car elle ne les prend pas tous les jours. Elle devient de plus en plus malade chaque jour. Et parfois c'est physiquement douloureux de lire à propos d'une fille triste qui ne peut pas aller mieux et qui se fait du mal elle-même. 
Ce roman est aussi une représentation de la maladie mentale. C'est triste, perturbant, mais non sans-espoir. La maladie mentale n'est pas tout (même si parfois elle l'est) et c'est honnête. Les enfants, adolescents et aussi les adultes liront ce livre, et c'est une pensée qui me rend heureuse. Parce qu'ils liront et se sentiront compris, ou auront de l'empathie, ou les deux. Vous savez quand les gens disent toujours qu'ils veulent lire des livres pour "être de meilleures personnes" et pour "nous montrer de nouvelles perspectives que l'on ne pourrait imaginer"? Et bien voilà, vous pouvez avoir les deux dans ce livre. 
J'ai adoré ce livre, c'était d'un côté mature, avec des pensées profondes et des réflexions, et de l'autre côté c'était drôle, dynamique, et enrichissant.
J'avais peur qu'il y ait trop de drama pour rien et que ce soit trop enfantin, mais pas du tout. Ça a vraiment été une bonne surprise.

dimanche 7 janvier 2018

Pandemia - Franck Thilliez


Titre : Pandemia

Auteur : Franck Thilliez

Publication : 2015

Maison d'édition : Pocket

Couverture : Stéphanie Lacombe

Traducteur : ø

Nombre de pages : 653

Sur l'auteur : 



Né en 1973 à Annecy, Franck Thilliez, ancien ingénieur en nouvelles technologies, vit actuellement dans le Pas-de-Calais. Il est l'auteur de Train d'enfer pour Ange rouge, La Chambre des morts, Deuils de miel, La Forêt des ombres, La Mémoire fantôme, L'anneau de Moebius et Fractures, Le Syndrome, Gataca, Atom[ka], Vertige, Puzzle, Rêver et Sharko.



Résumé : Comme chaque matin, Amandine a quitté sa maison de verre pour les locaux de l'Institut Pasteur. Mais ce matin-là est particulier. Appelée pour des prélèvements à la réserve ornithologique du Marquenterre, la microbiologiste est déconcertée : trois cadavres de cygnes gisent sur une étendue d'eau.
En forêt de Meudon, un homme et son chien ont été abattus. Dans l'étang tout proche, un sac de toile contenant des ossements : quatre corps en kit. Et pendant ce temps, une grippe à la souche non identifiable vire à l'épidémie et fauche jusqu'aux plus robustes du quai des Orfèvres, mettant à l'épreuve Franck Sharko et Lucie Henebelle. 

Citation : 
Il fit tourner son index autour de sa tempe, gardant le silence quelques instants.
- Ouais, réfléchis bien à ça. Ses propres petites filles, les deux seuls êtres au monde qui lui donnaient une raison d'exister. Et, pourtant, elle, moi, on est là, debout. On est flics, Nicolas. On est encore vivants et il nous arrive de rire. D'être heureux malgré tout. Alors ce qui te tombe dessus, c'est horrible, triste, tout ce que tu veux. Mais t'es pas seul.
Il mit sa main sur la poignée de porte.
- Je vais aller prendre mon fichu vol, fouiller la merde et respirer l'odeur de la mort à plein nez. Ça me dégoûte à un point que tu ne peux même pas imaginer, mais je le fais quand même. Toi aussi; bientôt, tu redeviendras flic, tu seras peut-être même meilleur. Et tu feras tout ton possible pour que ce genre de drame ne détruise pas d'autres vies, d'autres familles... Tu m'appelles quand tu veux, et je viens dans l'heure. Si t'appelles pas, je viendrai pas t'emmerder.
Il sortit sans attendre de réponse. Le cœur gonflé de larmes. Il tomba, dans le couloir, sur un homme d'une soixantaine d'années, très sec, le visage tout en rides comme celui de certains vieux marins qui rentrent d'un long voyage en mer. Franck lui serra la main. 
- Je suis son équipier. Prenez bien soin de lui, il va en avoir besoin. 


Commentaire personnel : Pandemia est le deuxième roman de Franck Thilliez que je lis, et il est officiellement devenu mon auteur de polar préféré. Il n'hésite pas à écrire de manière crue, à décrire des cadavres, à décrire la mort, la violence, mais toujours avec dégoût, avec crainte, peur. Les personnages sont attachants, ont leur famille, leur vie tranquille. Et chaque enquête menée est plus tordue qu'une autre. Ici, une épidémie de grippe qui se transmet de l'oiseau à l'homme arrive. Mais elle n'est pas là par hasard. En effet, un cinglé a mis des oiseaux d'une manière à former trois cercles exactes, et a mis le virus d'une grippe inconnue dans les oiseaux, afin d'éliminer "les plus faibles" et de recréer l'existence humaine. Car qui dit grippe inconnue, dit pas de vaccin. 

Cet homme voudrait que la Terre soit peuplée que d'hommes forts, ayant survécus à cette grippe. Seulement, la grippe était un prétexte pour faire venir un virus cent fois pire... Une très vieille maladie datant du Moyen-Âge dont je vous laisse découvrir. Cet acte terroriste terrorise le peu de gens au courant. Cependant, l'épidémie se développe très vite et bientôt plusieurs pays sont touchés par la maladie, et les premiers morts sont déclarés. Amandine, une  microbiologiste travaillant sur le prélèvement des maladies, est dans une situation difficile. Son mari est porteur du virus du SIDAA et ne peut quitter leur maison car les bactéries et microbes dehors le tueraient. Donc à chaque fois qu'elle rentre chez elle, Amandine est contrainte de se nettoyer pendant très longtemps pour être sûre qu'il n'y ait pas de risque pour son mari. Ils vivent dans une maison de verre, où chacun a son coin, sa propre salle de bain, sa propre cuisine, sa propre chambre ainsi que son propre salon. Lui ne peut pas sortir, et Amandine risque sa vie ainsi que celle de son mari à chaque fois qu'elle sort. Et avec cette histoire d'épidémie, ça ne va qu'en s'empirant. 

Nous suivons donc l'histoire d'Amandine d'un côté, et l'histoire de Sharko et de la police d'un autre. Ces deux personnes vont bien évidemment se rencontrer et collaborer ensemble. 
L'épidémie progressant de jour en jour, c'est une course contre la montre qui commence. Tous veulent trouver celui ou ceux qui ont fait ça, coûte que coûte.

J'ai donc adoré ce roman pour la complexité de l'histoire, du problème, mais aussi pour le côté cinglé et cruel de cet acte terroriste. Franck Thilliez a fait beaucoup de recherches dans le monde médical afin d'écrire l'histoire de manière précise et sans fautes. C'est dur de lire certains passages à cause de la cruauté des actes, mais la fin est vraiment stressante, angoissante, on ne peut plus s'arrêter de lire. Elle est bouleversante, triste, fait peur, et est très surprenante. 

samedi 6 janvier 2018

Au revoir là-haut - Pierre Lemaitre


Titre : Au revoir là-haut

Auteur : Pierre Lemaitre

Publication : 2013

Maison d'édition : Albin Michel

Couverture : ø

Traducteur : ø

Nombre de pages : 564

Sur l'auteur : 

Né à Paris, Pierre Lemaitre a beaucoup enseigné aux adultes, notamment les littératures française et américaine, l’analyse littéraire et la culture générale. Il est aujourd’hui écrivain et scénariste. Son premier roman, "Travail soigné",  a obtenu le Prix Cognac en 2006. "Alex", prix des lecteurs du livre de poche. En 2010 sort "Cadres noirs" qui rompt avec le style de ses autres polars et qui s'inspire d'un fait réel survenu à France Télévisions. En 2013 sort "Au revoir là haut", récompensé du Prix Goncourt 2013 et adapté au cinéma. En 2016, Lemaitre renoue avec le roman noir avec "Trois jours et une vie" qui raconte la destinée d'un jeune assassin de 12 ans. En 2018, la suite de Au revoir là-haut est publié et a pour titre Couleur de l'incendie.


Résumé : Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts...
Fresque d'une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d'évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l'après-guerre de 14, de l'illusion de l'armistice, de l'Etat qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l'abomination érigée en vertu.
Dans l'atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Citation :

Albert s'agenouille et ouvre son sac. Il sort tout, pose son quart entre ses jambes ; il va étendre sa capote contre la paroi glissante, planter dans la terre tout ce qu'il a sous la main pour servir de crampon, il se tourne et c'est exactement à ce moment-là que l'obus se fait entendre quelques dizaines de mètres au-dessus de lui. Soudain inquiet, Albert lève la tête. Depuis quatre ans, il a appris à distinguer les obus de soixante-quinze des quatre-vingt-quinze, les cent cinq des cent vingt... Sur celui-là, il hésite. Ce doit être à cause de la profondeur du trou, ou de la distance, il s'annonce par un bruit étrange, comme nouveau, à la fois plus sourd et plus feutré que les autres, un ronflement amorti, qui se termine en une vrille surpuissante. Le cerveau d'Albert a juste le temps de s'interroger. La détonation est incommensurable. Prise d'une convulsion foudroyante, la terre s'ébranle et pousse un grondement massif et lugubre avant de se soulever. Un volcan. Déséquilibré par la secousse, surpris aussi, Albert regarde en l'air parce que tout s'est obscurci d'un coup. Et là, à la place du ciel, une dizaine de mètres au-dessus de lui, il voit se dérouler, presque au ralenti, une immense vague de terre brune dont la crête mouvante et sinueuse ploie lentement dans sa direction et s'apprête à descendre vers lui pour l'enlacer. Une pluie claire, presque paresseuse, de cailloux, de mottes de terre, de débris de toutes sortes annonce son arrivée imminente. Albert se recroqueville et bloque sa respiration. Ce n'est pas du tout ce qu'il faudrait faire, au contraire, il faut se mettre en extension, tous les morts ensevelis vous le diront. Il y a ensuite deux ou trois secondes suspendues pendant lesquelles Albert fixe le rideau de terre qui flotte dans le ciel et semble hésiter sur le moment et le lieu de sa chute.
Dans un instant, cette nappe va s'écraser sur lui et le recouvrir.
En temps normal, Albert ressemble assez, pour faire image, à un portrait du Tintoret. Il a toujours eu des traits douloureux, avec une bouche très dessinée, un menton en galoche et de larges cernes que soulignent des sourcils arqués et d'un noir profond. Mais à cet instant, comme il a le regard tourné vers le ciel et qu'il voit la mort approcher, il ressemble plutôt à un saint Sébastien. Ses traits se sont brusquement tirés, tout son visage est plissé par la douleur, par la peur, dans une sorte de supplique d'autant plus inutile que de son vivant Albert n'a jamais cru à rien et ça n'est pas avec la poisse qui lui arrive qu'il va se mettre à croire en quelque chose. Même s'il en avait le temps.
Dans un formidable craquement, la nappe s'abat sur lui. On aurait pu s'attendre à un choc qui l'aurait tué tout net, Albert serait mort et voilà tout. Ce qui se passe est pire. Les cailloux et les pierres continuent de lui tomber dessus en grêle puis la terre arrive, d'abord couvrante et de plus en plus lourde. Le corps d'Albert est collé au sol.
Progressivement, à mesure que la terre s'entasse au-dessus de lui, il est immobilisé, compressé, comprimé.
La lumière s'éteint.
Tout s'arrête. 

Commentaire personnel : J'ai dévoré ce roman en quelques jours. Le style d'écriture, le genre, l'histoire, les personnages... J'ai été très attachée à Albert, mais aussi à Edouard Péricourt, à son père qui le croit mort. C'est une histoire longue à expliquer mais je vais essayer de faire court. Après cette incroyable scène cinématographique que j'ai cité précédemment, Albert est ensevelit vivant, mais est sauvé par Edouard qui a assisté à la scène. C'est le lieutenant Pradelle, un horrible homme qu'ils ont pour chef, a poussé Edouard dans un énorme trou d'obus. Ce trou, à cause d'un autre obus (incroyablement bien décrit ci-dessus), se referme avec Albert à l'intérieur. Edouard le sauve donc, mais lorsqu'Albert revient à lui, un obus éclate et Edouard perd la moitié de son visage. À l'hôpital, après l'armistice, Edouard souffre énormément par ses blessures et en guise de remerciement pour avoir été sauvé, Albert s'occupe de lui et vole de la morphine pour l'aider à moins souffrir. A l'hôpital, Edouard ne peut plus parler suite à ses blessures, et écrit à Albert pour lui dire de faire quelque chose car il ne veut pas rentrer à Paris comme cela, il ne veut pas que sa famille le voient avec ce visage. Il préfèrerait être mort. Albert s'infiltre dans un bureau et échange l'identité d'un soldat mort, Eugène Larivière avec celle d'Edouard. Edouard est donc maintenant mort pour la France, et Eugène a ressuscité. 
Madeleine, la sœur de Edouard, reçoit une lettre par Albert Maillard et apprend que son frère a été tué en héros. Elle décide donc de rencontrer Albert et de se recueillir sur la tombe d'Edouard. S'ensuit toute une histoire de mensonge, de quiproquos, mais Albert s'en sortira et vivra, démobilisé, avec Edouard chez une dame et une petite fille. La petite fille et Edouard se lient d'amitié, et pendant qu'Albert va travailler pour une misère somme, les deux fabriquent des masques pour cacher les blessures au visage d'Edouard. 
Ensuite toute une magouille se créé autour de la question du monument aux morts. Le lieutenant Pradelle, marié après la guerre à Madeleine (la sœur d'Edouard), met en place une entreprise afin de devenir riche. Pour cela, il créé un cimetière pour les soldats de la Première Guerre mondiale. Son beau-père, donc le père d'Edouard avec qui il ne s'est jamais bien entendu, réalise un an après la "mort" de son fils qu'il a vraiment disparu. Il veut créer un monument aux morts pour toutes les victimes de la guerre, dont son fils. Il lance un appel grâce au journal local afin de recruter un créateur de monuments aux morts qui sera très bien payé. Edouard qui lit le journal, décide de le faire, et va créer un catalogue avec plusieurs dessins de monuments aux morts qu'il a lui-même dessiné. Edouard, la petite fille de onze ans et Albert s'allient et parviennent à bout de l'escroquerie qui consiste alors à seulement faire le catalogue, attendre les demandes et récolter l'argent, puis s'enfuir avec la somme récoltée.

Pour parler de l'extrait choisi, je l'ai trouvé incroyablement bien écrit, car Pierre Lemaitre arrive à décrire sur deux pages à peine quelques secondes de la vie d'Albert. Tout nous fait penser à une scène apocalyptique, avec "la terre s'ébranle", "il voit la mort approcher"... Tout est décrit à la perfection, nous arrivons à distinguer chaque détail de la scène. C'est du travail minimaliste, professionnel, de cinéaste. Les deux apparences données à Albert sont précises : le Tintoret et le Saint Sébastien. Ce passage est très pictural.

Tintoret : autoportrait
(Les grands yeux d'Albert, le visage durci, la douleur, la peur constante)


Loos tire à l'arc : Saint Sébastien
(Le regard vers le haut, Albert qui regarde l'obus arriver)




La fin du livre était bouleversante, mais j'ai largement préféré celle du film qui était beaucoup plus poétique, plus sensible, plus belle. Et toi, tu préfères quelle fin?

Réparer les vivants - Maylis de Kerangal




Titre : Réparer les vivants

Auteur : Maylis de Kerangal

Publication : 2014

Maison d'édition : Folio

Couverture : Narelle Autio / Agence Vu (détail)

Traducteur : ø

Nombre de pages : 299

Sur l'auteur : 

Maylis de Kerangal publie son premier roman, Je marche sous un ciel de traîne. Elle crée par la suite les Éditions du Baron Perché spécialisées dans la jeunesse où elle travaille de 2004 à 2008, avant de se consacrer à l'écriture. Elle participe aussi à la revue Inculte.
En 2010, Naissance d'un pont remporte à l'unanimité et au premier tour le prix Médicis. Le livre remporte aussi le prix Franz Hessel ; la même année, il est sélectionné pour les prix Femini, Goncourt, et Flore. Le prix Franz Hessel permet à l'ouvrage de bénéficier d'une traduction en allemand.
En 2011, elle est l'une des participantes du Salon du Livre de Beyrouth. En 2012, elle remporte le prix Landerneau pour son roman Tangente vers l'est.
En 2014, elle est la première lauréate du Roman des étudiants France Culture-Télérama, pour son roman Réparer les vivants qui a été aussi couronné par de nombreux prix.


Résumé : Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour. 

Citation : 
Thomas verse de l'eau dans les verres, se relève pour fermer la fenêtre, traverse la pièce, et ce faisant observe ce couple, ne les lâche pas des yeux, cet homme et cette femme, les parents de Simon Limbres, et sûrement qu'en cet instant il s'échauffe mentalement, sachant qu'il s'apprête à les malmener, à inciser dans leur peine une interrogation qu'ils ignorent encore, à leur demander de réfléchir et de formuler des réponses, quand ils sont zombies cognés de douleur, satellisés, et sans doute qu'il se prépare à parler comme il se prépare à chanter, décontracte ses muscles, discipline sa respiration, conscient que la ponctuation est l'anatomie du langage, la structure du sens, si bien qu'il visualise la phrase d'amorce, sa ligne sonore, et apprécie la première syllabe qu'il prononcera, celle qui va fendre le silence, précise, rapide comme une coupure - l'estafilade plutôt que la craquelure sur la coquille de l'œuf, plutôt que la lézarde grimpée sur le mur quand la terre tremble. Il commence lentement, rappelant avec méthode le contexte de la situation : je crois que vous avez compris que le cerveau de Simon était en voie de destruction; néanmoins ses organes continuent à fonctionner; c'est une situation exceptionnelle. Sean et Marianne clignent des yeux, manière d'acquiescement. Thomas, encouragé, poursuit : j'ai conscience de la douleur qui est la vôtre, mais je dois aborder avec vous un sujet délicat - son visage est nimbé d'une lumière transparente et sa voix monte imperceptiblement d'un cran, absolument limpide quand il déclare :
- Nous sommes dans un contexte où il serait possible d'envisager que Simon fasse don de ses organes.


Commentaire personnel : Ce roman traite d'un sujet difficile dont peu de personnes en parlent : le don d'organe. On suit l'histoire de la mort cérébrale de Simon Limbres, un jeune homme qui meurt en voiture tandis que ses deux amis survivent. Ils revenaient d'une session de surf très tôt le matin et se sont endormis au volant. Le roman nous parle donc de ce cas très rare qui s'ensuit : la mort cérébrale. Le cerveau cesse de marcher mais les organes continuent de fonctionner. Cela signifie qu'il est mort mais que l'on peut prélever ses organes dans un temps imparti. 
Maylis de Kerangal nous livre une émotion sans fin, nous fait réfléchir sur ce sujet. Les organes prélevés seront donnés à des patients en attente d'une greffe. Le cœur, lui, sera donné à une femme qui pensait ne plus pouvoir envisager mourir de vieillesse. L'auteur avec son style bien à elle nous éclaire sur le sujet de la transplantation, du don d'organe, un sujet que l'on découvre vraiment ici. C'est un très beau roman qui, même si pour les parents, la sœur et la petite copine de Simon, la perte est très douloureuse, nous fait comprendre que sa mort n'aura pas été en vain car elle aura permis de sauver plusieurs vies. 

dimanche 26 novembre 2017

C'est ainsi que cela s'est passé - Natalia Ginzburg




Titre : C'est ainsi que cela s'est passé 

Auteur : Natalia Ginzburg

Publication : 1983 en France, 1947 en Italie.

Maison d'édition : Denoël (Empreinte)

Couverture : Stanislas Zygart

Traducteur : traduit de l'italien par Georges Piroué

Nombre de pages : 127

Sur l'auteur : 

Née à Palerme, Natalia Ginzburg a publié ses premiers récits dans la revue Solaria en 1933. De 1940 à 1943, elle fut exilée pour anti-fascisme avec son mari Leone Ginzburg. Celui-ci, intellectuel italien d'origine russe, devait mourir sous la torture dans la prison romaine de Regina Coeli. En 1950, Natalia Ginzburg épousa en secondes noces l'écrivain Gabriele Baldini. Romancière, essayiste, auteure dramatique, son œuvre est traduite dans de nombreuses langues.


Résumé : Un matin gris à Turin dans les années cinquante. Une femme en imperméable marche sans but dans la ville. Elle vient de tirer une balle entre les deux yeux de son mari. Un geste sec et efficace accompli sans aucune préméditation. 
Perdue au milieu des avenues muettes et hivernales, elle se souvient : la rencontre et l'espoir, l'attente et l'incertitude, puis la vie à deux jusqu'à cette matinée fatale.

Citation :
"Mais pourquoi diable vous êtes-vous mariés tous les deux ?
- Oui, j'ai fait une erreur. Il n'en avait pas grande envie, mais il ne s'est pas arrêté à réfléchir. Il n'aime pas penser longuement aux choses importantes. Et puis il déteste les gens qui regardent fixement en eux-mêmes et qui se forcent à découvrir la manière juste de vivre. Quand il me voit immobile et silencieuse en train de penser, il allume une cigarette et s'en va. Je l'ai épousé parce que je voulais toujours savoir où il était. Alors que lui sait toujours où je suis. Il sait que je suis ici et que je l'attends. Mais moi, au contraire, je ne sais pas où il est. Ce n'est pas mon mari. Un mari est quelqu'un dont on sait toujours où il est. Quelqu'un qui, quand on te demande "Où est-il?", tu peux répondre sur-le-champ sans crainte de te tromper. Mais moi maintenant je ne sors plus de chez moi dans la crainte de rencontrer des connaissances qui me demanderont : "Où est-il?" Tu comprends, je ne saurais pas quoi répondre. Cela te fera peut-être l'effet d'une chose un peu stupide, ai-je conclu, mais j'ai honte et je ne sors pas de chez moi."
Il a dit :
"Mais pourquoi vous êtes-vous mariés? Qu'est-ce qui vous a pris?"
Je me suis mise à pleurer. Et lui :
"Une belle imbécillité."


Commentaire personnel : Ce court roman m'a parfois fait penser à Madame Bovary de Gustave Flaubert. C'est l'histoire d'une femme qui épouse un homme, mais qui s'ennuie profondément dans ce mariage. À un point même qu'elle commet un meurtre : celui de son époux. Ce n'est non un suicide comme chez Flaubert, mais un crime. Elle explique les raisons qui l'ont poussées à faire ce geste : adultère, décès d'un enfant, ennui, peur, abandon... Un roman écrit à la première personne adressé à Leone, le premier mari de Natalia Ginzburg, l'auteure. Peut-être y a-t-elle mis une touche autobiographique dans ce livre. 
J'ai été un peu déçue par le roman en lui-même, je m'attendais à quelque chose de plus cru, de plus violent, peut-être un peu plus moderne. C'est un livre destiné aux personnes aimant Flaubert, sans les descriptions sans fin. Il est très court et se lit très vite, ce qui est une bonne chose en soi. J'aime beaucoup la couverture, elle m'a intriguée en premier lieu. L'écriture m'a plue aussi, car elle est très jolie, un peu enfantine par moments, mais est globalement simple. Nous découvrons une Italie ancienne, où perdre un enfant n'est pas si anodin, mais où la douleur est en revanche présente. 
Nous ne connaissons pas le prénom du personnage principal, mais nous savons qu'elle a 26 ans quand elle épouse Alberto qui a la quarantaine. Il est petit et plus vieux, mais cela ne semble déranger ni l'un ni l'autre au sein du couple. Natalia Ginzburg dresse un portrait d'une femme rongée et usée par ce mariage sans amour.

samedi 4 novembre 2017

N'éteins pas la lumière - Bernard Minier



Titre : N'éteins pas la lumière

Auteur : Bernard Minier

Publication : 2014

Maison d'édition : Pocket

Couverture : Plainpicture / Lohfink

Traducteur : ø

Nombre de pages : 700

Sur l'auteur : 


Bernard Minier, né en 1960, originaire de Béziers, a grandi au pied des Pyrénées. Contrôleur principal des douanes, marié et père de deux enfants, il vit aujourd'hui en région parisienne. Glacé (2011) son premier roman, a reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac. 
Après Le Cercle (2012) et N'éteins pas la lumière (2014), son dernier ouvrage, Une putain d'histoire (2015), a également reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac.
Ses livres sont  traduits en 18 langues.







Résumé : 
"Tu l'as laissée mourir..."
Le soir de Noël, Christine Steinmeyer, animatrice radio à Toulouse, trouve dans sa boîte aux lettres le courrier d'une femme qui annonce son suicide. Elle est convaincue que le message ne lui est pas destiné. Erreur ? Canular ? Quand le lendemain, en direct, un auditeur l'accuse de n'avoir pas réagi, il n'est plus question de malentendu. Et bientôt, les insultes, les menaces, puis les incidents se multiplient, comme si quelqu'un cherchait à prendre le contrôle de son existence. Tout ce qui faisait tenir Christine debout s'effondre. Avant que l'horreur fasse irruption. 
Dans les ténèbres qui s'emparent de sa vie, la seule lueur d'espoir pourrait bien venir d'un certain Martin Servaz.

Citation :

J'écris ces mots. Les derniers. Et, en les écrivant, je sais que c'est terminé : il n'y aura pas de retour en arrière possible, cette fois.
Tu vas m'en vouloir de te faire ça un soir de Noël. Je sais que ça heurte au plus haut point ton fichu sens des convenances. Toi et tes foutues manières. Dire que j'ai cru à tes mensonges, à tes promesses. De plus en plus de paroles et de moins en moins de vérité : c'est ça, le monde, aujourd'hui.
Je vais vraiment le faire, tu sais. Ça, au moins, ce n'est pas du baratin. Est-ce que ta main tremble un peu à présent ? Est-ce que tu transpires ? 
Ou peut-être qu'au contraire tu souris en lisant ces mots. Est-ce que c'est toi qui es derrière tout ça ? Ou bien ta pétasse ? C'est vous qui m'avez envoyé tous ces opéras ? Et le reste : vous aussi ? Peu importe. Il y a eu un moment où j'aurais donné n'importe quoi pour savoir qui pouvait me haïr à ce point, un moment où je cherchais désespérément comment j'avais pu susciter tant de haine. Parce que forcément ça venait de moi, c'est ce que je me disais. Mais plus maintenant. 
Je crois que je deviens folle. Folle à lier. À moins que ça ne soient les médocs. De toute façon, cette fois, je n'ai plus la force. Cette fois, c'est terminé. J'arrête. Stop. Qui que ce soit, il a gagné. Je n'y arrive plus. Je ne dors plus. Stop.
Je ne me marierai jamais, je n'aurai jamais d'enfants : j'ai lu cette phrase dans un roman. Merde. Maintenant, je comprends ce qu'elle voulait dire. Il y a des choses que je vais regretter, bien sûr. La vie peut être drôlement chouette parfois, sans doute pour mieux nous blesser ensuite... Toi et moi, cela aurait peut-être fini par coller, avec le temps. Ou peut-être pas... Pas grave. Je sais que tu auras vite fait de m'oublier, de me reléguer dans le magasin des souvenirs désagréables, ceux qu'on n'aime pas évoquer. Tu diras à ta pétasse, en prenant un air repentant : "Elle était folle, dépressive ; je n'ai pas compris à quel point." Et puis, vous passerez bien vite à autre chose. Vous rirez et vous baiserez. Mais je m'en fous : tu peux crever. En attendant, c'est moi qui vais le faire.

JOYEUX NOËL QUAND MÊME.


Commentaire personnel : Ce roman a été vite expédié dans ma pile de livres lus. Beaucoup de passages m'ont choqués, m'ont laissés sans voix, et m'ont fait trépider d'angoisse avant de dormir. Un passage particulièrement, d'une violence morale et physique inouïe. Je ne pouvais pas défaire mes yeux des lignes, même si je voulais en même temps refermer le livre et le jeter très loin de moi. 
C'est un roman psychologique sur certains abords. Bernard Minier manie certains sujets délicats comme le suicide ou le harcèlement. 
J'ai eu la chance de parler avec cet auteur quand je travaillais à la Comédie du Livre cette année. Je lui ai posé des questions et il m'a répondu avec sincérité. C'est un homme incroyablement gentil et passionné. Il m'a avoué qu'il écrivait ses romans entre huit et dix mois. Ça peut paraître long pour certains, et court pour d'autres. Mais en tout cas c'est le temps qu'il lui faut. 
Ce roman m'a laissée perplexe, je n'ai rien vu venir. Rien du tout. Je pensais que c'était un personnage en particulier qui avait écrit la lettre et fait toutes ces méchantes choses à Christine, mais c'était finalement un tout autre personnage. Comme quoi, la manipulation y joue beaucoup. Ce personnage a manipulé tout le monde afin de prétendre qu'il était un saint aux yeux de tous, une victime même. C'est pourtant, quand on comprend sa psychologie, un personnage ignoble, sans pitié, manipulateur, sans peur, qui agit pour une simple et bête raison. 
Je conseille ce livre car il est vraiment poignant. On suit la persévérance de Christine tout au long du roman. Elle souhaite à tout prix retrouver qui a fait tout ça. Qui la fait passer pour une malade mentale, qui la suit partout, qui rentre chez elle par effraction même quand elle change les serrures, qui blesse son entourage, qui la fait passer pour folle auprès de son fiancé. Elle finit seule, au fond du gouffre, sans amis, sans son fiancé, sans son travail. Tous la laissent tomber, un par un. Ils la délaissent. Elle hésitera d'ailleurs à mettre fin à ses jours, puis se dira qu'elle n'a pas fait tout ça pour rien. Elle continuera à chercher la vérité, cette vérité qui a un prix. 
Chaque chapitre (plus ou moins) alterne entre le récit de Christine et celui du commandant Martin Servaz. Martin n'avait pourtant rien en commun avec Christine au début du roman, mais au fil des pages ils finissent par se rencontrer et il l'aide. Il croit en elle lorsque tout le monde la laisse tomber. Il est là pour elle, la soutient et veut coincer à son tour celui qui a fait ça. Cette pourriture.

L'écriture est dingue, crue, sans pitié. Il ne prend pas des pincettes pour décrire certaines scènes terribles, comme celles de meurtre, de viol, de prise de drogue... 
J'avais déjà lu Le Cercle mais il m'avait beaucoup moins plu que N'éteins pas la lumière. On sent ici que l'auteur s'est lâché dans son style, il s'est livré à son cercle de lecteurs, à nous. Il est plus à l'écoute de nos attentes. Ça se ressent.