samedi 6 janvier 2018

Au revoir là-haut - Pierre Lemaitre


Titre : Au revoir là-haut

Auteur : Pierre Lemaitre

Publication : 2013

Maison d'édition : Albin Michel

Couverture : ø

Traducteur : ø

Nombre de pages : 564

Sur l'auteur : 

Né à Paris, Pierre Lemaitre a beaucoup enseigné aux adultes, notamment les littératures française et américaine, l’analyse littéraire et la culture générale. Il est aujourd’hui écrivain et scénariste. Son premier roman, "Travail soigné",  a obtenu le Prix Cognac en 2006. "Alex", prix des lecteurs du livre de poche. En 2010 sort "Cadres noirs" qui rompt avec le style de ses autres polars et qui s'inspire d'un fait réel survenu à France Télévisions. En 2013 sort "Au revoir là haut", récompensé du Prix Goncourt 2013 et adapté au cinéma. En 2016, Lemaitre renoue avec le roman noir avec "Trois jours et une vie" qui raconte la destinée d'un jeune assassin de 12 ans. En 2018, la suite de Au revoir là-haut est publié et a pour titre Couleur de l'incendie.


Résumé : Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts...
Fresque d'une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d'évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l'après-guerre de 14, de l'illusion de l'armistice, de l'Etat qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l'abomination érigée en vertu.
Dans l'atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Citation :

Albert s'agenouille et ouvre son sac. Il sort tout, pose son quart entre ses jambes ; il va étendre sa capote contre la paroi glissante, planter dans la terre tout ce qu'il a sous la main pour servir de crampon, il se tourne et c'est exactement à ce moment-là que l'obus se fait entendre quelques dizaines de mètres au-dessus de lui. Soudain inquiet, Albert lève la tête. Depuis quatre ans, il a appris à distinguer les obus de soixante-quinze des quatre-vingt-quinze, les cent cinq des cent vingt... Sur celui-là, il hésite. Ce doit être à cause de la profondeur du trou, ou de la distance, il s'annonce par un bruit étrange, comme nouveau, à la fois plus sourd et plus feutré que les autres, un ronflement amorti, qui se termine en une vrille surpuissante. Le cerveau d'Albert a juste le temps de s'interroger. La détonation est incommensurable. Prise d'une convulsion foudroyante, la terre s'ébranle et pousse un grondement massif et lugubre avant de se soulever. Un volcan. Déséquilibré par la secousse, surpris aussi, Albert regarde en l'air parce que tout s'est obscurci d'un coup. Et là, à la place du ciel, une dizaine de mètres au-dessus de lui, il voit se dérouler, presque au ralenti, une immense vague de terre brune dont la crête mouvante et sinueuse ploie lentement dans sa direction et s'apprête à descendre vers lui pour l'enlacer. Une pluie claire, presque paresseuse, de cailloux, de mottes de terre, de débris de toutes sortes annonce son arrivée imminente. Albert se recroqueville et bloque sa respiration. Ce n'est pas du tout ce qu'il faudrait faire, au contraire, il faut se mettre en extension, tous les morts ensevelis vous le diront. Il y a ensuite deux ou trois secondes suspendues pendant lesquelles Albert fixe le rideau de terre qui flotte dans le ciel et semble hésiter sur le moment et le lieu de sa chute.
Dans un instant, cette nappe va s'écraser sur lui et le recouvrir.
En temps normal, Albert ressemble assez, pour faire image, à un portrait du Tintoret. Il a toujours eu des traits douloureux, avec une bouche très dessinée, un menton en galoche et de larges cernes que soulignent des sourcils arqués et d'un noir profond. Mais à cet instant, comme il a le regard tourné vers le ciel et qu'il voit la mort approcher, il ressemble plutôt à un saint Sébastien. Ses traits se sont brusquement tirés, tout son visage est plissé par la douleur, par la peur, dans une sorte de supplique d'autant plus inutile que de son vivant Albert n'a jamais cru à rien et ça n'est pas avec la poisse qui lui arrive qu'il va se mettre à croire en quelque chose. Même s'il en avait le temps.
Dans un formidable craquement, la nappe s'abat sur lui. On aurait pu s'attendre à un choc qui l'aurait tué tout net, Albert serait mort et voilà tout. Ce qui se passe est pire. Les cailloux et les pierres continuent de lui tomber dessus en grêle puis la terre arrive, d'abord couvrante et de plus en plus lourde. Le corps d'Albert est collé au sol.
Progressivement, à mesure que la terre s'entasse au-dessus de lui, il est immobilisé, compressé, comprimé.
La lumière s'éteint.
Tout s'arrête. 

Commentaire personnel : J'ai dévoré ce roman en quelques jours. Le style d'écriture, le genre, l'histoire, les personnages... J'ai été très attachée à Albert, mais aussi à Edouard Péricourt, à son père qui le croit mort. C'est une histoire longue à expliquer mais je vais essayer de faire court. Après cette incroyable scène cinématographique que j'ai cité précédemment, Albert est ensevelit vivant, mais est sauvé par Edouard qui a assisté à la scène. C'est le lieutenant Pradelle, un horrible homme qu'ils ont pour chef, a poussé Edouard dans un énorme trou d'obus. Ce trou, à cause d'un autre obus (incroyablement bien décrit ci-dessus), se referme avec Albert à l'intérieur. Edouard le sauve donc, mais lorsqu'Albert revient à lui, un obus éclate et Edouard perd la moitié de son visage. À l'hôpital, après l'armistice, Edouard souffre énormément par ses blessures et en guise de remerciement pour avoir été sauvé, Albert s'occupe de lui et vole de la morphine pour l'aider à moins souffrir. A l'hôpital, Edouard ne peut plus parler suite à ses blessures, et écrit à Albert pour lui dire de faire quelque chose car il ne veut pas rentrer à Paris comme cela, il ne veut pas que sa famille le voient avec ce visage. Il préfèrerait être mort. Albert s'infiltre dans un bureau et échange l'identité d'un soldat mort, Eugène Larivière avec celle d'Edouard. Edouard est donc maintenant mort pour la France, et Eugène a ressuscité. 
Madeleine, la sœur de Edouard, reçoit une lettre par Albert Maillard et apprend que son frère a été tué en héros. Elle décide donc de rencontrer Albert et de se recueillir sur la tombe d'Edouard. S'ensuit toute une histoire de mensonge, de quiproquos, mais Albert s'en sortira et vivra, démobilisé, avec Edouard chez une dame et une petite fille. La petite fille et Edouard se lient d'amitié, et pendant qu'Albert va travailler pour une misère somme, les deux fabriquent des masques pour cacher les blessures au visage d'Edouard. 
Ensuite toute une magouille se créé autour de la question du monument aux morts. Le lieutenant Pradelle, marié après la guerre à Madeleine (la sœur d'Edouard), met en place une entreprise afin de devenir riche. Pour cela, il créé un cimetière pour les soldats de la Première Guerre mondiale. Son beau-père, donc le père d'Edouard avec qui il ne s'est jamais bien entendu, réalise un an après la "mort" de son fils qu'il a vraiment disparu. Il veut créer un monument aux morts pour toutes les victimes de la guerre, dont son fils. Il lance un appel grâce au journal local afin de recruter un créateur de monuments aux morts qui sera très bien payé. Edouard qui lit le journal, décide de le faire, et va créer un catalogue avec plusieurs dessins de monuments aux morts qu'il a lui-même dessiné. Edouard, la petite fille de onze ans et Albert s'allient et parviennent à bout de l'escroquerie qui consiste alors à seulement faire le catalogue, attendre les demandes et récolter l'argent, puis s'enfuir avec la somme récoltée.

Pour parler de l'extrait choisi, je l'ai trouvé incroyablement bien écrit, car Pierre Lemaitre arrive à décrire sur deux pages à peine quelques secondes de la vie d'Albert. Tout nous fait penser à une scène apocalyptique, avec "la terre s'ébranle", "il voit la mort approcher"... Tout est décrit à la perfection, nous arrivons à distinguer chaque détail de la scène. C'est du travail minimaliste, professionnel, de cinéaste. Les deux apparences données à Albert sont précises : le Tintoret et le Saint Sébastien. Ce passage est très pictural.

Tintoret : autoportrait
(Les grands yeux d'Albert, le visage durci, la douleur, la peur constante)


Loos tire à l'arc : Saint Sébastien
(Le regard vers le haut, Albert qui regarde l'obus arriver)




La fin du livre était bouleversante, mais j'ai largement préféré celle du film qui était beaucoup plus poétique, plus sensible, plus belle. Et toi, tu préfères quelle fin?

Réparer les vivants - Maylis de Kerangal




Titre : Réparer les vivants

Auteur : Maylis de Kerangal

Publication : 2014

Maison d'édition : Folio

Couverture : Narelle Autio / Agence Vu (détail)

Traducteur : ø

Nombre de pages : 299

Sur l'auteur : 

Maylis de Kerangal publie son premier roman, Je marche sous un ciel de traîne. Elle crée par la suite les Éditions du Baron Perché spécialisées dans la jeunesse où elle travaille de 2004 à 2008, avant de se consacrer à l'écriture. Elle participe aussi à la revue Inculte.
En 2010, Naissance d'un pont remporte à l'unanimité et au premier tour le prix Médicis. Le livre remporte aussi le prix Franz Hessel ; la même année, il est sélectionné pour les prix Femini, Goncourt, et Flore. Le prix Franz Hessel permet à l'ouvrage de bénéficier d'une traduction en allemand.
En 2011, elle est l'une des participantes du Salon du Livre de Beyrouth. En 2012, elle remporte le prix Landerneau pour son roman Tangente vers l'est.
En 2014, elle est la première lauréate du Roman des étudiants France Culture-Télérama, pour son roman Réparer les vivants qui a été aussi couronné par de nombreux prix.


Résumé : Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour. 

Citation : 
Thomas verse de l'eau dans les verres, se relève pour fermer la fenêtre, traverse la pièce, et ce faisant observe ce couple, ne les lâche pas des yeux, cet homme et cette femme, les parents de Simon Limbres, et sûrement qu'en cet instant il s'échauffe mentalement, sachant qu'il s'apprête à les malmener, à inciser dans leur peine une interrogation qu'ils ignorent encore, à leur demander de réfléchir et de formuler des réponses, quand ils sont zombies cognés de douleur, satellisés, et sans doute qu'il se prépare à parler comme il se prépare à chanter, décontracte ses muscles, discipline sa respiration, conscient que la ponctuation est l'anatomie du langage, la structure du sens, si bien qu'il visualise la phrase d'amorce, sa ligne sonore, et apprécie la première syllabe qu'il prononcera, celle qui va fendre le silence, précise, rapide comme une coupure - l'estafilade plutôt que la craquelure sur la coquille de l'œuf, plutôt que la lézarde grimpée sur le mur quand la terre tremble. Il commence lentement, rappelant avec méthode le contexte de la situation : je crois que vous avez compris que le cerveau de Simon était en voie de destruction; néanmoins ses organes continuent à fonctionner; c'est une situation exceptionnelle. Sean et Marianne clignent des yeux, manière d'acquiescement. Thomas, encouragé, poursuit : j'ai conscience de la douleur qui est la vôtre, mais je dois aborder avec vous un sujet délicat - son visage est nimbé d'une lumière transparente et sa voix monte imperceptiblement d'un cran, absolument limpide quand il déclare :
- Nous sommes dans un contexte où il serait possible d'envisager que Simon fasse don de ses organes.


Commentaire personnel : Ce roman traite d'un sujet difficile dont peu de personnes en parlent : le don d'organe. On suit l'histoire de la mort cérébrale de Simon Limbres, un jeune homme qui meurt en voiture tandis que ses deux amis survivent. Ils revenaient d'une session de surf très tôt le matin et se sont endormis au volant. Le roman nous parle donc de ce cas très rare qui s'ensuit : la mort cérébrale. Le cerveau cesse de marcher mais les organes continuent de fonctionner. Cela signifie qu'il est mort mais que l'on peut prélever ses organes dans un temps imparti. 
Maylis de Kerangal nous livre une émotion sans fin, nous fait réfléchir sur ce sujet. Les organes prélevés seront donnés à des patients en attente d'une greffe. Le cœur, lui, sera donné à une femme qui pensait ne plus pouvoir envisager mourir de vieillesse. L'auteur avec son style bien à elle nous éclaire sur le sujet de la transplantation, du don d'organe, un sujet que l'on découvre vraiment ici. C'est un très beau roman qui, même si pour les parents, la sœur et la petite copine de Simon, la perte est très douloureuse, nous fait comprendre que sa mort n'aura pas été en vain car elle aura permis de sauver plusieurs vies. 

dimanche 26 novembre 2017

C'est ainsi que cela s'est passé - Natalia Ginzburg




Titre : C'est ainsi que cela s'est passé 

Auteur : Natalia Ginzburg

Publication : 1983 en France, 1947 en Italie.

Maison d'édition : Denoël (Empreinte)

Couverture : Stanislas Zygart

Traducteur : traduit de l'italien par Georges Piroué

Nombre de pages : 127

Sur l'auteur : 

Née à Palerme, Natalia Ginzburg a publié ses premiers récits dans la revue Solaria en 1933. De 1940 à 1943, elle fut exilée pour anti-fascisme avec son mari Leone Ginzburg. Celui-ci, intellectuel italien d'origine russe, devait mourir sous la torture dans la prison romaine de Regina Coeli. En 1950, Natalia Ginzburg épousa en secondes noces l'écrivain Gabriele Baldini. Romancière, essayiste, auteure dramatique, son œuvre est traduite dans de nombreuses langues.


Résumé : Un matin gris à Turin dans les années cinquante. Une femme en imperméable marche sans but dans la ville. Elle vient de tirer une balle entre les deux yeux de son mari. Un geste sec et efficace accompli sans aucune préméditation. 
Perdue au milieu des avenues muettes et hivernales, elle se souvient : la rencontre et l'espoir, l'attente et l'incertitude, puis la vie à deux jusqu'à cette matinée fatale.

Citation :
"Mais pourquoi diable vous êtes-vous mariés tous les deux ?
- Oui, j'ai fait une erreur. Il n'en avait pas grande envie, mais il ne s'est pas arrêté à réfléchir. Il n'aime pas penser longuement aux choses importantes. Et puis il déteste les gens qui regardent fixement en eux-mêmes et qui se forcent à découvrir la manière juste de vivre. Quand il me voit immobile et silencieuse en train de penser, il allume une cigarette et s'en va. Je l'ai épousé parce que je voulais toujours savoir où il était. Alors que lui sait toujours où je suis. Il sait que je suis ici et que je l'attends. Mais moi, au contraire, je ne sais pas où il est. Ce n'est pas mon mari. Un mari est quelqu'un dont on sait toujours où il est. Quelqu'un qui, quand on te demande "Où est-il?", tu peux répondre sur-le-champ sans crainte de te tromper. Mais moi maintenant je ne sors plus de chez moi dans la crainte de rencontrer des connaissances qui me demanderont : "Où est-il?" Tu comprends, je ne saurais pas quoi répondre. Cela te fera peut-être l'effet d'une chose un peu stupide, ai-je conclu, mais j'ai honte et je ne sors pas de chez moi."
Il a dit :
"Mais pourquoi vous êtes-vous mariés? Qu'est-ce qui vous a pris?"
Je me suis mise à pleurer. Et lui :
"Une belle imbécillité."


Commentaire personnel : Ce court roman m'a parfois fait penser à Madame Bovary de Gustave Flaubert. C'est l'histoire d'une femme qui épouse un homme, mais qui s'ennuie profondément dans ce mariage. À un point même qu'elle commet un meurtre : celui de son époux. Ce n'est non un suicide comme chez Flaubert, mais un crime. Elle explique les raisons qui l'ont poussées à faire ce geste : adultère, décès d'un enfant, ennui, peur, abandon... Un roman écrit à la première personne adressé à Leone, le premier mari de Natalia Ginzburg, l'auteure. Peut-être y a-t-elle mis une touche autobiographique dans ce livre. 
J'ai été un peu déçue par le roman en lui-même, je m'attendais à quelque chose de plus cru, de plus violent, peut-être un peu plus moderne. C'est un livre destiné aux personnes aimant Flaubert, sans les descriptions sans fin. Il est très court et se lit très vite, ce qui est une bonne chose en soi. J'aime beaucoup la couverture, elle m'a intriguée en premier lieu. L'écriture m'a plue aussi, car elle est très jolie, un peu enfantine par moments, mais est globalement simple. Nous découvrons une Italie ancienne, où perdre un enfant n'est pas si anodin, mais où la douleur est en revanche présente. 
Nous ne connaissons pas le prénom du personnage principal, mais nous savons qu'elle a 26 ans quand elle épouse Alberto qui a la quarantaine. Il est petit et plus vieux, mais cela ne semble déranger ni l'un ni l'autre au sein du couple. Natalia Ginzburg dresse un portrait d'une femme rongée et usée par ce mariage sans amour.

samedi 4 novembre 2017

N'éteins pas la lumière - Bernard Minier



Titre : N'éteins pas la lumière

Auteur : Bernard Minier

Publication : 2014

Maison d'édition : Pocket

Couverture : Plainpicture / Lohfink

Traducteur : ø

Nombre de pages : 700

Sur l'auteur : 


Bernard Minier, né en 1960, originaire de Béziers, a grandi au pied des Pyrénées. Contrôleur principal des douanes, marié et père de deux enfants, il vit aujourd'hui en région parisienne. Glacé (2011) son premier roman, a reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac. 
Après Le Cercle (2012) et N'éteins pas la lumière (2014), son dernier ouvrage, Une putain d'histoire (2015), a également reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac.
Ses livres sont  traduits en 18 langues.







Résumé : 
"Tu l'as laissée mourir..."
Le soir de Noël, Christine Steinmeyer, animatrice radio à Toulouse, trouve dans sa boîte aux lettres le courrier d'une femme qui annonce son suicide. Elle est convaincue que le message ne lui est pas destiné. Erreur ? Canular ? Quand le lendemain, en direct, un auditeur l'accuse de n'avoir pas réagi, il n'est plus question de malentendu. Et bientôt, les insultes, les menaces, puis les incidents se multiplient, comme si quelqu'un cherchait à prendre le contrôle de son existence. Tout ce qui faisait tenir Christine debout s'effondre. Avant que l'horreur fasse irruption. 
Dans les ténèbres qui s'emparent de sa vie, la seule lueur d'espoir pourrait bien venir d'un certain Martin Servaz.

Citation :

J'écris ces mots. Les derniers. Et, en les écrivant, je sais que c'est terminé : il n'y aura pas de retour en arrière possible, cette fois.
Tu vas m'en vouloir de te faire ça un soir de Noël. Je sais que ça heurte au plus haut point ton fichu sens des convenances. Toi et tes foutues manières. Dire que j'ai cru à tes mensonges, à tes promesses. De plus en plus de paroles et de moins en moins de vérité : c'est ça, le monde, aujourd'hui.
Je vais vraiment le faire, tu sais. Ça, au moins, ce n'est pas du baratin. Est-ce que ta main tremble un peu à présent ? Est-ce que tu transpires ? 
Ou peut-être qu'au contraire tu souris en lisant ces mots. Est-ce que c'est toi qui es derrière tout ça ? Ou bien ta pétasse ? C'est vous qui m'avez envoyé tous ces opéras ? Et le reste : vous aussi ? Peu importe. Il y a eu un moment où j'aurais donné n'importe quoi pour savoir qui pouvait me haïr à ce point, un moment où je cherchais désespérément comment j'avais pu susciter tant de haine. Parce que forcément ça venait de moi, c'est ce que je me disais. Mais plus maintenant. 
Je crois que je deviens folle. Folle à lier. À moins que ça ne soient les médocs. De toute façon, cette fois, je n'ai plus la force. Cette fois, c'est terminé. J'arrête. Stop. Qui que ce soit, il a gagné. Je n'y arrive plus. Je ne dors plus. Stop.
Je ne me marierai jamais, je n'aurai jamais d'enfants : j'ai lu cette phrase dans un roman. Merde. Maintenant, je comprends ce qu'elle voulait dire. Il y a des choses que je vais regretter, bien sûr. La vie peut être drôlement chouette parfois, sans doute pour mieux nous blesser ensuite... Toi et moi, cela aurait peut-être fini par coller, avec le temps. Ou peut-être pas... Pas grave. Je sais que tu auras vite fait de m'oublier, de me reléguer dans le magasin des souvenirs désagréables, ceux qu'on n'aime pas évoquer. Tu diras à ta pétasse, en prenant un air repentant : "Elle était folle, dépressive ; je n'ai pas compris à quel point." Et puis, vous passerez bien vite à autre chose. Vous rirez et vous baiserez. Mais je m'en fous : tu peux crever. En attendant, c'est moi qui vais le faire.

JOYEUX NOËL QUAND MÊME.


Commentaire personnel : Ce roman a été vite expédié dans ma pile de livres lus. Beaucoup de passages m'ont choqués, m'ont laissés sans voix, et m'ont fait trépider d'angoisse avant de dormir. Un passage particulièrement, d'une violence morale et physique inouïe. Je ne pouvais pas défaire mes yeux des lignes, même si je voulais en même temps refermer le livre et le jeter très loin de moi. 
C'est un roman psychologique sur certains abords. Bernard Minier manie certains sujets délicats comme le suicide ou le harcèlement. 
J'ai eu la chance de parler avec cet auteur quand je travaillais à la Comédie du Livre cette année. Je lui ai posé des questions et il m'a répondu avec sincérité. C'est un homme incroyablement gentil et passionné. Il m'a avoué qu'il écrivait ses romans entre huit et dix mois. Ça peut paraître long pour certains, et court pour d'autres. Mais en tout cas c'est le temps qu'il lui faut. 
Ce roman m'a laissée perplexe, je n'ai rien vu venir. Rien du tout. Je pensais que c'était un personnage en particulier qui avait écrit la lettre et fait toutes ces méchantes choses à Christine, mais c'était finalement un tout autre personnage. Comme quoi, la manipulation y joue beaucoup. Ce personnage a manipulé tout le monde afin de prétendre qu'il était un saint aux yeux de tous, une victime même. C'est pourtant, quand on comprend sa psychologie, un personnage ignoble, sans pitié, manipulateur, sans peur, qui agit pour une simple et bête raison. 
Je conseille ce livre car il est vraiment poignant. On suit la persévérance de Christine tout au long du roman. Elle souhaite à tout prix retrouver qui a fait tout ça. Qui la fait passer pour une malade mentale, qui la suit partout, qui rentre chez elle par effraction même quand elle change les serrures, qui blesse son entourage, qui la fait passer pour folle auprès de son fiancé. Elle finit seule, au fond du gouffre, sans amis, sans son fiancé, sans son travail. Tous la laissent tomber, un par un. Ils la délaissent. Elle hésitera d'ailleurs à mettre fin à ses jours, puis se dira qu'elle n'a pas fait tout ça pour rien. Elle continuera à chercher la vérité, cette vérité qui a un prix. 
Chaque chapitre (plus ou moins) alterne entre le récit de Christine et celui du commandant Martin Servaz. Martin n'avait pourtant rien en commun avec Christine au début du roman, mais au fil des pages ils finissent par se rencontrer et il l'aide. Il croit en elle lorsque tout le monde la laisse tomber. Il est là pour elle, la soutient et veut coincer à son tour celui qui a fait ça. Cette pourriture.

L'écriture est dingue, crue, sans pitié. Il ne prend pas des pincettes pour décrire certaines scènes terribles, comme celles de meurtre, de viol, de prise de drogue... 
J'avais déjà lu Le Cercle mais il m'avait beaucoup moins plu que N'éteins pas la lumière. On sent ici que l'auteur s'est lâché dans son style, il s'est livré à son cercle de lecteurs, à nous. Il est plus à l'écoute de nos attentes. Ça se ressent. 

mardi 31 octobre 2017

Ce que cachait Archie Ferber - Casey B. Dolan




Titre : Ce que cachait Archie Ferber

Auteur : Casey B. Dolan

Publication : 2017

Maison d'édition : Denoël (Sueurs Froides) 

Couverture : Constance Clavel

Traducteur : Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Perrine Chambon et Arnaud Baignot

Nombre de pages : 439

Sur l'auteur : 







Casey B. Dolan fait partie des personnalités les plus appréciées de son pays, l'Afrique du Sud.
Elle est actrice, présentatrice de télévision, animatrice radio, modèle, DJ, entrepreneuse, chanteuse pop et écrivaine. Elle travaille actuellement sur son troisième roman.









Résumé : Chaque psychiatre a, au cours de sa carrière, rencontré un patient pas comme les autres. Un patient qui l'obsède, qui hante ses pensées et ses cauchemars. Pour Felicity Sloane, experte médico-légale à Boston, il s’agit d’Archie Ferber, jeune Texan timide qui a fait fortune dans la restauration. 
Lui et son compagnon Matthew désirent un enfant à tout prix. Toutes leurs tentatives d’adoption aux États-Unis se soldant par des échecs, ils se tournent vers l’Afrique du Sud, pays d’origine de Matthew, où ils font appel à une mère porteuse qui met au monde la petite Hannah. Mais le bébé disparaît, la mère est sauvagement assassinée, et c’est Archie qui est montré du doigt. Y compris par Matthew. La seule personne capable de le sauver d’une extradition vers l’Afrique du Sud est Felicity Sloane. Celle-ci est capable de mesurer les tendances meurtrières d’un suspect grâce à des techniques de pointe. Mais cela suffira-t-il à tirer Archie d’affaire? Et est-il réellement l’innocente victime qu’il prétend être?

Citation :

La plupart des gens préfèrent passer leur vie dans des boîtes. Des espaces réduits et sûrs. Tout en rêvant de collines, de grosses voitures et de gadgets sophistiqués. De toutes petites boîtes, minuscules. Rares sont ceux qui explorent les régions situées au-delà de leur zone de confort, parce que satisfaire sa curiosité équivaut à s'exposer au danger. C'est un vilain défaut, après tout, la curiosité. 
Un vilain défaut qui peut nous mener au pire.
Nous, les humains, nous ne sommes pas aussi habiles que les félins ; nous sommes des êtres étranges et déséquilibrés. On nous a appris à contenir nos pulsions, à réprimer nos désirs. On se ment à soi-même afin de dompter ses instincts naturels. Mais en définitive, cette construction dans laquelle nous vivons n'est qu'un mensonge, un mensonge perpétuel auquel tout le monde participe. La plupart des gens se répètent que leurs pulsions sont coupables, qu'elles ne devraient pas exister, ils se persuadent qu'elles sont contre nature jusqu'à croire finalement à ce mensonge. Je suis unique parce que je maîtrise mes pulsions tout en reconnaissant leur existence, et je sais les contrôler jusqu'au moment opportun. Je le fais volontairement. En toute conscience. En d'autres termes, je suis capable de mentir mieux que personne. 



Commentaire personnel : Ce roman m'a légèrement déçue par sa fin, je m'attendais tellement à ce qu'ils parviennent à retrouver Hannah que oui j'ai été déçue. Mais cela n'empêche pas que l'écriture est vraiment bien, pointilleuse, on peut voir que l'auteure sait où elle va. On entre dans la peau de Archie, le Dr Sloane, mais aussi dans celle du mari d'Archie, Matthew. Tout laisse à penser que c'est Archie qui a tué la mère porteuse de Hannah (leur fille) mais pourtant il a un alibi en béton. Il joue avec le Dr Sloane, qui doit l'aider à avouer la vérité à tout le monde. Elle sait qu'il est innocent, mais qu'il cache quelque chose. Archie pointe du doigt son mari, et lui fait de même. Nous commençons le roman avec un gros point d'interrogation flottant au-dessus de nos têtes. Qui a bien pu tuer cette femme ? Et pour quelles raisons ? 
La dernière phrase du roman nous fait comprendre qu'il y aura une suite à ce roman, ce que j'espère fortement. J'ai vraiment adoré l'alternation des styles d'écriture. Un chapitre c'est une pièce à conviction, un autre un entretien dans une salle privée, un autre chez le psy, un autre où c'est une scène dont le Dr Sloane n'est pas figurante, un autre un e-mail... C'est impossible de trouver les solutions tout seul, mais rien n'empêchera le Dr Sloane à comprendre la vérité. Elle est prête à tout, même si elle doit compromettre son travail. 
Pour élucider l'affaire, Felicity Sloane doit se rendre en Afrique du Sud pour interroger Archie, Matthew et d'autres suspects. Elle y laisse corps et âmes pour trouver qui a fait ça. C'est pas de tout repos bien évidemment. Elle se trouve donc dans un lieu hostile, où elle ne connaît personne, mais où elle y trouvera l'amour. Elle s'attache malencontreusement à Archie Ferber, sans le vouloir. Lui ne montre aucun sentiment, agit étrangement à l'égard du Dr Sloane. On dirait un psychopathe qui s'y plaît à torturer l'esprit de son entourage et du Dr Sloane. C'est comme si c'était un jeu. Il se fiche de prendre dix ans de prison pour falsification de documents. Il ne souhaite pas alléger sa peine. Tout ce qu'il veut, c'est s'amuser, compliquer le travail du Dr Sloane et en rigoler. 
Ce roman est à la fois malsain, stressant, inquiétant ; et paradoxalement plaisant, drôle et amusant à lire.

samedi 21 octobre 2017

Mort sur le Nil - Agatha Christie




Titre : Mort sur le Nil

Auteur : Agatha Christie

Publication : 1937

Maison d'édition : Le Livre de Poche 

Couverture : Studio LGF © Getty Images

Traducteur : Elise  Champon et Robert Nobret

Nombre de pages : 287 

Sur l'auteur : 




Agatha Christie (1890-1976) est surnommée la "Reine du crime", et fait partie des écrivains les plus connus au monde et elle est considérée comme l'auteur le plus lu de l'histoire chez les Anglo-Saxons, après Shakespeare. C'est aussi de très loin l'auteur le plus traduit dans le monde. Elle a publié 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre. Ses œuvres ont été traduites dans le monde entier. La plupart des intrigues se déroulent à huis clos, ce qui permet au lecteur d'essayer de deviner l'identité du coupable avant la fin du récit.






Résumé : Ce n'est pas très joli de voler la fiancé de sa meilleure amie. Et même si l'amie en question semble se résigner, la ravissante et riche Linnet Ridgeway a bien des raisons d'être inquiète... Surtout quand le hasard les rassemble, sur le Nil, avec de troublants personnages, dans une atmosphère lourde de sensualité et de cupidité.

Citation : 
Poirot hocha la tête avec sympathie.
- Si j'ai bien compris, demanda-t-il, miss Robson est venue vous chercher cette nuit ?
- Ma foi, oui, c'est ça.
- Voudriez-vous m'expliquer ce qui s'est passé au juste ?
- Ma foi, miss Robson m'a donné un bref aperçu de la situation et je l'ai suivie. J'ai trouvé Mlle de Bellefort très agitée, dans un état quasi hystérique.
- A-t-elle proféré des menaces contre Mrs Doyle ?
- Non, absolument pas. Elle était en pleine crise d'auto-accusation morbide. Elle avait beaucoup bu, je dois dire, et c'était la réaction. J'ai cru bon de ne pas la laisser seule. Je lui ai fait une injection de morphine et je suis restée à son chevet.
- Maintenant, miss Bowers, je voudrais que vous répondiez à ceci : Mlle de Bellefort a-t-elle quitté sa cabine à un moment quelconque ?
- Non.
- Et vous-même ?
- Je n'ai pas bougé jusqu'au matin.
- Vous en êtes sûre ?
- Sûre et certaine.
- Merci, miss Bowers.
L'infirmière sortit. Les deux hommes se regardèrent. 
Jacqueline de Bellefort était définitivement hors de cause. Alors qui, dans ces conditions, avait assassiné Linnet Doyle ?



Commentaire personnel : Ce roman a été adapté en film il y a plusieurs années de cela. Je l'avais vu enfant, et je me souviens qu'il m'avait beaucoup marqué. C'était le premier film d'enquête que j'avais regardé et j'en garde un très bon souvenir, même si aujourd'hui le film a bien vieilli. C'est avec ce film-ci que j'ai pris goût aux enquêtes et aux polars. En le lisant, je n'avais bien évidemment aucun souvenir des personnages, juste du lieu. Je me rappelais des cabines dans le bateau. Des pyramides aussi. 
Dans ce huis clos, Agatha Christie nous fait douter encore une fois de notre instinct. Elle cherche à nous prouver que les premiers doutes sont parfois vrais, contrairement à d'autres romans. En lisant le livre, je me rappelais qui avait tué Linnet et pour quelle raison, aussi simple soit-elle. Mais pas des autres crimes déroulés sur ce même bateau. Car oui il y en a eu trois en tout. La solution est pourtant simple et évidente, mais tout porte à croire que ce n'est pas possible. L'auteur du crime avait prédit méticuleusement son geste, de A à Z. 

Hercule Poirot, en assemblant les pièces du puzzle, parvint à trouver comme à son habitude le meurtrier ainsi que les deux autres criminels. Cette fin poussée à bout de l'imagination, reste tout de même crédible ; et Agatha Christie nous surprend une fois de plus par l'humour de son détective belge et par sa lucidité à comprendre la psychologie de chacun de personnages. Elle nous fait perdre parfois le fil de l'histoire avec ses nombreux personnages différents, ainsi que leurs personnalités hors du commun poussées au maximum.

Ce roman a un côté réel car Agatha Christie s'est bel et bien rendue en Egypte avec sa mère, puis plusieurs années après avec son mari Max Mallowan, un archéologue. Ils y sont allés pour visiter. Ils s'étaient rencontrés lors d'un voyage commun mais Agatha Christie était dans l'obligation d'écourter son voyage car elle venait d'apprendre que sa fille avait une pneumonie. Ils se sont revus et il l'a demandée en mariage. Avec une longue hésitation due à leur différence d'âge (elle avait quinze ans de plus que lui) et du fait qu'il soit catholique, elle accepta.

L'auteur écrivit d'ailleurs à propos de Mort sur le Nil : "Je pense, moi-même, que le livre est un des meilleurs de la série de voyages de Poirot. Je pense que la situation centrale est intrigante et a des possibilités dramatiques, et les trois personnages, Simon, Linnet, et Jacqueline, semblent à mon avis être vrais et vivants."

samedi 14 octobre 2017

You - Caroline Kepnes


Titre : You

Auteur : Caroline Kepnes

Publication : 2014

Maison d'édition : Simon & Schuster

Couverture : Getty Images ; S&S Art Dept

Traducteur : ø

Nombre de pages : 422

Sur l'auteur : 

Caroline Kepnes is from Cape Cod, Massachusetts. Her first novel YOU was translated into 19 languages and shortlisted for a CWA New Blood Award. Her second novel HIDDEN BODIES is a sequel that Booklist describes as 'the love child of Holden Caulfield and Patrick Bateman'. Caroline earned a BA in American Civilization at Brown University and worked as a pop culture journalist on Entertainment Weekly and a TV writer on 7th Heaven. She now writes full-time and lives in Los Angeles. A 10 episode TV series based on YOU will premiere on Lifetime Network in 2018.

Caroline Kepnes est née à Cap Cod dans le Massachusetts. Son premier roman YOU a été traduit dans 19 langues et pré-selectionné pour le prix du CWA (Crime Writers Association : l'association des auteurs de crime). Son second roman Corps Cachés est une suite que Booklist décrit comme "l'enfant chéri de Holden Caulfield et Patrick Bateman". Caroline a eu son diplôme de civilisation américaine à l'université de Brown, et travaille comme une journaliste de la culture pop chez Entertainment Weekly et comme un écrivain à la télévision sur 7th Heaven. Elle écrit maintenant à temps plein et lit à Los Angeles. Une série télévisée de dix épisodes basée sur YOU sortira sur Lifetime Network en 2018.




Résumé : When Guinevere Beck strides into the bookshop where Joe works, he is instantly smitten. And so begins an attraction that quickly spirals into a whirlwind of deadly consequences.

Lorsque Guinevere Beck entre dans la librairie où Joe travaille, il est tout de suite épris. Et alors commence une attirance qui rapidement dégénère dans un tourbillon de conséquences mortelles.

Citation : 

You reach out your arms but you're wobbling. You drop your phone and you lunge to grab it in the process you misstep - "Aaah!" - and you slip and trip on that damn shoelace and you fall splat and somehow you land the wrong way and you roll off the yellow danger zone and down into the actual danger zone. You scream. It's the fastest slowest fall I've ever seen and you're only a voice down on the tracks now, a shriek and his singing doesn't stop, engine engine number nine, and it's the wrong soundtrack for what I have to do now, bad back and all. I run across the platform, look down at you.
"HELP!"
"It's okay, I got you. Gimme your hand."
But you just scream again and you look like that girl in the well in The Silence of the Lambs and you don't need to look so freaked out because I'm here, offering my hand, ready to pull you up. You're shivering and staring down the tunnel and your head's filling with fear when you need to just take my hand.
"Omigod, omigod I could die."
"Don't look that way, just look at me."
"I'm gonna die."
You take a step forward and you know nothing of railroads. "Stay still, half the shit down there you can electrocute you."
"What?" And your teeth chatter and you scream.
"You're not dying. Take my hand."
"He's making me crazy," you say and you block your ears because you don't want to hear if my train runs off the tracks anymore. "That singing, that's why I fell."
"I'm trying to help you," I insist and your eyes pop. You look down the tunnel and then up, right into my eyes.
"I hear a train."
"Nah, you'd feel it. Gimme your hand."
"I'm gonna die." You despair.
"Take my hand!"
The homeless dude croons as if we're a nuisance he's got to outsing pick it up pick it up pick it up and you cover your ears and scream.
I'm getting impatient and an engine will come on these tracks eventually and why are you making this so hard?
"You wanna get killed? Because if you stay down here you will get run over. Take my hand!"
You look up and now I see a part of you that's new to me, a part that does want to be killed and I don't think you've ever been loved the right way and you don't say anything and I don't say anything and we both know that you're testing me, testing the world. You didn't get off that stage tonight until the last person stopped clapping and you didn't tie your shoelaces and you blamed the worlds when you tripped. 
Pick it up pick it up! Engine, engine, number nine
I nod. "Okay." I reach down with my arms, palms up. "Come on. I got you."
You want to fight. You are not easily rescued but I am patient and when you are ready, you wrap your hands around my shoulders and allow me to save you. I hoist you, loose sneakers and all, onto the yellow danger zone and then roll you onto the dirty gray danger-free concrete and you're shaking and you hold your knees to your chest as you scoot backward into the part of the green pole that faces inward, the safe place to sit, to wait.
You stil don't tie your shoelaces and your teeth chatter more than ever and I scoot closer to you and I point at your useless, flat, nonathletic sneakers. "May I?" I ask and you nod. 
I pull the laces tight and tie them in double knots the way my cousin taught me a hundred years ago. When the train sounds down the way, your teeth stop chattering, and you don't look so scared anymore. I don't have to tell you that I saved your life. I can see in your eyes and your glistening, grimy skin that you know it. We don't get on the train when the doors open. That's a given.


Tu tends tes bras mais tu trembles. Tu fais tomber ton téléphone mais tu te précipites pour le récupérer dans le mouvement tu trébuches - "Aaah!" - et tu glisses et tu trébuches sur ce putain de lacet et tu tombes paf et d'une manière ou d'une autre tu débarques dans la mauvaise direction et tu fais tomber le panneau jaune de danger et tu tombes dans la vraie zone de danger. Tu cries. C'est la plue rapide chute la plus lente que je n'ai jamais vu et tu n'est plus qu'une voix en bas sur les rails maintenant, un hurlement et sa chanson ne s'arrête pas, la locomotive, la locomotive numéro neuf, et c'est la mauvaise bande sonore pour ce que je dois faire maintenant, mal au dos et tout. Je cours vers la plateforme, je te regarde en bas.
"AIDEZ-MOI!"
"Tout va bien, je t'ai. Donnes-moi ta main."
Mais tu continues de crier encore et tu ressembles à cette fille dans le puits dans Le Silence des Agneaux et tu n'as pas à sembler si effrayée parce que je suis là, proposant ma main, prête à te remonter. Tu trembles et regardes vers le tunnel et ta tête remplie de craintes quand tu dois juste prendre ma main.
"Ohmondieu, ohmondieu je pourrais mourir."
"Ne pense pas à ça, juste regarde moi."
"Je vais mourir."
Tu fais un pas en avant et tu ne connais rien sur les chemins de fer. "Ne bouge pas, la moitié de la merde en bas pourrait t'électrocuter."
"Quoi?" Et tes dents claquent et tu cries.
"Tu n'est pas en train de mourir. Prends ma main."
"Il me rend folle," tu dis et tu te bouches les oreilles parce que tu ne veux plus entendre si mon train va dérailler. "Cette chanson, c'est à cause d'elle que je suis tombée."
"J'essaye de t'aider," j'insiste et tes yeux explosent. Tu regardes en bas vers le tunnel puis en haut, droit dans mes yeux.
"J'entends un train."
"Nan, tu le sentirais. Donnes-moi ta main."
"Je vais mourir." Tu perds espoir.
"Prends ma main!"
Le gars sans-abris fredonne comme si nous étions une nuisance il faut qu'il chante fort ramasse ça ramasse ça ramasse ça et tu couvres tes oreilles et cries.
Je deviens impatient et un train viendra sur ces rails éventuellement et pourquoi tu rends ça si compliqué ?
"Tu veux être tuée? Parce que si tu restes en bas ici tu seras renversée. Prends ma main!"
Tu regardes en haut et maintenant je vois une partie de toi qui est nouvelle pour moi, une partie qui veut vraiment être tuée et je ne pense pas que tu ai été un jour aimé de la bonne façon et tu ne dis rien et je ne dis rien et on sait tous les deux que tu es en train de me tester, tester le monde. Tu n'es pas descendue de la scène ce soir jusqu'à ce que la dernière personne ait arrêté d'applaudir et tu n'as pas lacé tes chaussures et tu en voulais à la Terre entière quand tu as trébuché.
Ramasse ça ramasse ça! Locomotive, locomotive, numéro neuf
J'hoche la tête. "Ok." Je te porte avec mes bras, les paumes vers le haut. "Allé, je te tiens."
Tu veux te battre. Tu n'es pas facilement sauvée mais je suis patient et tu es prête, tu enroules tes mains autour de mes épaules et tu me laisses te sauver. Je te soulève, perd les sneakers et tout, sur la zone jaune de danger et ensuite je te dépose sur le béton gris sale sans danger et tu trembles et tu tiens tes genoux sur ta poitrine en filant derrière dans la partie du pôle vert qui donne sur l'intérieur, la place sûre pour s'assoir, pour attendre.
Tu n'attaches toujours pas tes lacets et tes dents claquent plus que jamais et je me rapproche de toi et je pointe mon doigt sur tes inutiles, plates, non-sportives sneakers. "Puis-je?" je demande et tu acquiesces.
Je fais les lacets serrés et je les attache avec un double noeud de la manière dont mon cousin m'a appris il y a une centaine d'années. Lorsque le train approche, tes dents arrêtent de claquer, et tu ne parais plus si effrayée. Je n'ai pas à te dire que je t'ai sauvé la vie. Je peux voir dans tes yeux et ton éclatante, sale peau que tu le sais. Nous ne montons pas dans le train quand les portes s'ouvrent. C'est un fait.





Commentaire personnel : This book has been a revelation for me. I loved been in a weirdo guy's mind. It was scary but funny at the same time. The writing is amazing, really simple to understand for us, foreigners. Joe, the creepy main character in insanely crazy about this girl, Beck. He keeps following her everywhere and she doesn't know it. This is why there is always a certain strain on this novel.
Beck is a woman who loves been loved by everyone, this is why she's such a drama queen. She likes playing with other people and their feelings. She's young, 24, and she is still at school. She's dating this guy, Benji, who's playing with Beck's feelings. But she loves that.
A lot of american writers loved this novel, among Stephen King who was mentioned many times in it. He said, talking about it, that this book is "Hypnotic and scary... never read anything quite like it". This is probably the main reason why I've read You. And I must say, I was not disappointed once. The writer kept surprising me all along the novel. 
The thing is, there were times when Joe was violent, but the writer did not write pages on it. It was resumed in two sentences and that's it. This is why I love this book. You need to keep focused on every words, because if you loose it, you'll be lost and the story keeps evolving, progressing. I can't wait to read the second book to follow Joe's life after what he did. I can't tell that to you, it's a surprise. You really need to read it. 
Reading this novel, you penetrate into a pervert, psychopath mind. It is frightening because he seems lovely, kind with Beck at the beginning. But when he is not with her and we are reading his thoughts, then we understand how sick he is. But he doesn't get help. He is smart and cultivated. He is twisted and hot. Maybe it's the reason why Beck is into him. Joe is taking his time with her, even when they don't talk to each other in three weeks or six months, he keeps thinking about her whereas she doesn't. But we know also how's Beck doing because Joe follows her in every place or city.
Joe, every time he sees an obstacle in Beck's life, which means there is something or someone who get between Beck and Joe, he just clears it one way or another, like it disappeared without leaving a trace. He even broke into her place at the beginning, when they first met at the bookshop. He thinks about (almost) everything in his crimes. He does that because he loves Beck. But this is a one-way love story. All the things he is doing for her, it seems normal for him to do this, but for us it is unexpected and twisted. 

Ce livre a été une révélation pour moi. J'ai adoré être dans la tête d'un gars bizarre. C'était effrayant mais drôle en même temps. L'écriture est incroyable, vraiment simple à comprendre pour nous, les étrangers. Joe, le personnage principal terrifiant est complètement fou de cette fille, Beck. Il continues de la suivre partout et elle l'ignore. C'est pourquoi il y a toujours une certaine tension dans ce roman. Beck est une femme qui adore être aimée par tout le monde, c'est quoi elle est une vraie reine du drama. Elle adore jouer avec les autres et avec leurs sentiments. Elle est jeune, 24 ans, et elle est encore à l'école. Elle sort avec ce gars, Benji, qui joue avec les sentiments de Beck. Mais elle adore ça. 

Beaucoup d'auteurs américains ont adoré ce roman, dont Stephen King qui a été mentionné plusieurs fois dedans. Il a dit, en parlant de ça, que ce livre est "Hypnotique et effrayant... Jamais lu quelque chose comme ça". C'est sûrement la principale raison de pourquoi j'ai lu You. Et je dois dire, je n'ai pas été déçue une seule fois. L'écrivain n'a pas arrêté de me surprendre tout au long du roman. 
Le truc c'est qu'il y avait des passages où Joe était violent, mais l'écrivain n'a pas écrit des pages sur ça. C'était résumé en deux phrases et c'est tout. C'est pourquoi j'adore ce bouquin. Tu dois rester concentré sur chacun des mots, parce que si tu ne le fais pas, tu seras perdu et l'histoire continue d'évoluer, de progresser. J'ai hâte de lire la suite pour suivre la vie de Joe après ce qu'il a fait. Je ne peux pas vous le dire, c'est une surprise. Vous devez vraiment le lire. 
En lisant ce roma, vous pénétrez dans un esprit pervers et psychopathe. C'est effrayant parce que il semble charmant, gentil avec Beck au début. Mais quand il n'est pas avec elle et que nous lisons ses pensées, alors on comprend à quel point il est malade. Mais il ne se fait pas soigner. Il est intelligent et cultivé. Il est tordu et sexy. Peut-être que c'est la raison pourquoi Beck est attirée par lui. Joe prend son temps avec elle, même quand ils ne se parlent plus pendant trois semaines ou six mois, il continue de penser à elle, tandis qu'elle non. Mais on sait comment va Beck parce que Joe la suit dans chaque endroit ou ville. 
Joe, à chaque fois qu'il rencontre un obstacle dans la vie de Beck, ce qui veut dire qu'il y a quelque chose ou quelqu'un qui s'interpose entre Beck et Joe, il s'en débarrasse d'une manière ou d'une autre, comme si ça avait disparu sans laisser de trace. Il est même entré par effraction chez elle au début, quand ils se sont rencontrés pour la première fois dans la librairie. Il pense à (presque) tout dans ses crimes. Il fait ça parce qu'il est amoureux de Beck. Mais c'est une histoire d'amour à sens unique. Toutes les choses qu'il fait pour elle, ça semble normal pour lui de les faire, mais pour nous c'est inattendu et tordu.